Bilan de la terreur au Sénégal :11 morts, 590 blessés, 500 arrestations, 350 jeunes déférés,150 autres en prison

Depuis l’arrestation de la  figure dominante de l’opposition Ousmane Sonko, le 3 mars le Sénégal est secoué violemment par les manifestations populaires.

Le président du parti PASTEF (Patriotes du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité), accusé par une employée d’un salon de massage de « viol et menaces de mort », avait vu son immunité parlementaire levée en fin février après le vote d’une commission ad hominem hoc principalement composé de députés de la majorité.

Alors qu’il se rendait au tribunal pour répondre à la convocation du juge d’instruction, Sonko fut arrêté tout à coup et placé en garde à vue pour « troubles à l’ordre public ». Ce fut la goutte de trop qui a fait déborder le vase si bien que la tension a affecté son point culminant.

Exactement, au cœur de la marmite sociale qui vient à bout de déflagrer, il y a la figure emblématique d’Ousmane Sonko, arrivé troisième de la présidentielle de 2019. Avec le ralliement, certains diraient davantage la transhumance d’Idrissa Seck, un ancien du Parti démocratique sénégalais (PDS) d’Abdoulaye Wade et actuel chef du parti Rewmi, au groupe des alliés du président Macky Sall, Ousmane Sonko, chef du Pastef (Parti du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité) est pressenti fortement comme l’un des principaux concurrents, si ce n’est le challenge majeur pour la présidentielle de 2024.

Toutefois, au cœur de la marmite bouillonnante qui vient d’éclater, il n’y a pas qu’Ousmane Sonko. Les manifestations représentent la somme des frustrations du peuple sénégalais. La décision du juge de le placer sous contrôle judiciaire n’altère aucunement l’état d’extrême tension dans lequel figure le pays.

Dans la rue et sur les réseaux sociaux, l’on entend nettement: « Libérez Sonko » que «Macky dégage» et «Libérez le Sénégal». Chômage massif des jeunes, accroissement des inégalités, scandales de corruption, le tout appuyé par une gestion répressive de la crise sanitaire : il s’agit effectivement d’un ras-le-bol généralisé d’une population qui blâme la gestion du pays par sa classe politique dirigeante.

Le bilan durant ces manifestations de protestation véhémente survenues au Sénégal entre les 3 et 9 mars est lourd : 11 jeunes ont été tués sur l’ensemble du territoire national dont 3 à 4 dans la région Sud du pays et à Bignona.

En l’absence de chiffres officiels, ces statistiques macabres proviennent des compilations obtenues par divers dont l’hashtag #freesenegal très actif au cours des 7 jours durant lesquels le pays a failli basculer dans l’inconnu. La Croix rouge sénégalaise a dénombré 590 blessés dont 288 à Dakar. La plupart de ceux-ci, 109, représentent des étudiants de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD).

Dans la banlieue dakaroise, le bilan est extrêmement significatif de l’ampleur et de l’étendue des manifestations. Ainsi, 77 blessés ont été répertoriés à Pikine, 25 à Guédiawaye et 21 à Rufisque.

Dans les régions, surtout au sud, on dénombre 33 blessés à Bignona et 29 à Ziguinchor. À Diourbel, il y a eu 8 blessés à Mbacké et Touba.

À Kaolack, 3 jeunes, dont le manager du groupe de rap Keur Gui, ont été emprisonnés.

À Louga, une trentaine de manifestants ont été arrêtés, dont 19 déférés et 4 placés sous mandat de dépôt.

À Tambacounda, 5 personnes ont été arrêtées.

Une enquête indépendante est réclamée par Amnesty International afin de produire la lumière sur les circonstances dans lesquelles certains jeunes ont été tués. La police est nominalement accusée d’avoir eu la gâchette facile.

Les manifestants ont été secourus par 316 volontaires engagés, répartis dans 36 équipes d’intervention opérationnelles dans les différentes régions.

À noter que des affrontements ont été notés dans la journée d’hier lundi alors que la croix rouge avait déjà livré ces chiffres provisoires.

Ce bilan peut s’appesantir, toutefois, les jeunes artistes sénégalais se sont attelés à immortaliser cette semaine d’enfer en signe de protestation continue.

Ndeye Marie-Pierre N’Diaye

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