Spécial Mapping : des civils brûlés vifs dans une église à Fizi

À la chute du régime de Habyarimana au Rwanda, la pression militaire montait au Zaïre contre le Président Mobutu ; une rébellion dénommée Alliance des Forces Démocratique pour la Libération (AFDL), est partie de l’Est du pays sous la bénédiction des pays voisins dont le Rwanda avec son nouveau régime, le Burundi ainsi qu’avec l’Ouganda.

Au cours de la conquête de l’Est du Zaïre (RDC aujourd’hui), particulièrement de la province du Sud-Kivu, des éléments armés de la communauté Tutsi appelé Banyamulenge, des forces de l’AFDL avec ses alliés de l’Armée Patriotique Rwandaise (APR) et des Forces Armées Burundaises (FAB) ont commis de graves violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire à l’encontre des civils zaïrois (congolais aujourd’hui) considérés comme hostiles aux communautés Banyamulenge/Tutsi locales ou proches de leurs ennemis. Ces derniers sont les Forces Armées Zaïroise (FAZ), les ex-Forces Armées Rwandaises (FAR)/Interahamwe, les groupes armés hutu burundais, les « éléments armés bembe » et les groupes Maï-Maï en général.

À cette même période, de nombreux chefs coutumiers ont également été tués pour des motifs politiques et ethniques ou tout simplement, afin de pouvoir ensuite piller leurs biens.

Politico poursuit son exploitation du rapport Mapping produit par le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme sur les violations des droits humains et droits internationaux commises en RDC entre 1993 et 2003. Depuis la publication de ce rapport en 2010, les auteurs et complices de ces crimes n’ont jamais été poursuivi.

De Septembre à Octobre 1996, des incidents macabres ont été documentés par l’équipe Mapping des Nations Unies qui a cité plusieurs sources, dont le Collectif d’Actions pour le Développement des Droits de l’homme (CADDHOM) avec son rapport intitulé « Les atrocités commises en province du Kivu au Congo-Kinshasa (ex-Zaïre) ; ainsi que le rapport du Comité Palermo Bukavu sur « les morts de la rébellion», publié en 1997.

Ces différents rapports partent du 12 septembre 1996 avec des éléments armés « banyamulenge/tutsi » qui ont tué neuf civils à Kanyura et Makutano, dans le secteur Itombwe en territoire de Mwenga. Parmi les victimes, note le Rapport Mapping, figurent le Chef de poste d’encadrement qui était de la communauté « Rega » et ses collaborateurs, ainsi que le Chef de groupement de Basymuniaka II, un Bembe du territoire de Fizi ainsi que deux membres de sa famille. Cet événement est considéré chez des Bembe comme le point de départ de la guerre totale contre les Banyamulenge.

À moins d’un mois, soit le 6 octobre 1996, des « éléments armés banyamulenge/tutsi » ont encore tué plus d’une cinquantaine de personnes dans le village de Kidoti, à 2 kilomètres de Lemera, dans le territoire d’Uvira. Les victimes étaient pour la plupart des civils. Certaines victimes ont été tuées par des éclats d’obus; d’autres ont été exécutées après avoir été contraintes de creuser des fosses communes dans lesquels leurs corps ont ensuite été jetés.

Les témoignages recueillis par l’équipe Mapping révèlent également que le 6 octobre 1996, dans le village de Lemera, à 80 kilomètres au nord-ouest d’Uvira, des « éléments armés banyamulenge/tutsi » ont tué 37 personnes dans un hôpital, parmi lesquelles deux membres du personnel médical, des civils et des militaires des FAZ en traitement à l’hôpital. Avant de quitter Lemera, les « éléments armés banyamulenge/tutsi » ont saccagé l’hôpital.

Douze jours plus tard, soit le 18 octobre 1996, des éléments de l’AFDL/APR ont tué au moins 88 civils dans le village de Kiliba, à 13 kilomètres au nord de la ville d’Uvira. Les victimes étaient des civils qui n’avaient pas eu le temps de fuir après le départ des huit gendarmes présents dans la ville. Avant de quitter Kiliba, les militaires ont également pillé le village. Sur les 88 victimes identifiées par la Croix-Rouge, 15 ont été enterrées à Uvira. Le même jour, et toujours à Uvira, des éléments de l’AFDL/APR ont tué au moins 51 civils dans le village de Bwegera, dans le groupement de Kakamba dans la plaine de la Ruzizi. Après le départ des FAZ du village, poursuit le Rapport Mapping, les victimes avaient tenté de s’enfuir dans les montagnes vers Kiringye mais elles ont été rattrapées par les militaires. La Croix-Rouge a enterré les corps dans des fosses communes.

Lors de la prise d’Uvira, le 25 octobre 1996, des éléments de l’AFDL et ses alliés (APR et FAB) ont tué sans discrimination plusieurs centaines de personnes, parmi lesquelles des réfugiés et des civils zaïrois accusés d’appartenir à des groupes Maï-maï. Ces mêmes témoignages renseignent qu’à partir d’Uvira, les militaires de l’AFDL/APR/FAB ont progressé à l’intérieur du territoire de Fizi.

Des incidents allégués documentés par l’équipe Mapping se présentent comme suit :

  • Fin octobre 1996, des éléments de l’AFDL/APR ont tué 27 civils, pour la plupart des femmes et des enfants, dans le village de Mboko, à 52 kilomètres au sud d’Uvira, dans le territoire de Fizi. Les victimes tentaient de traverser le lac Tanganyika sur des pirogues afin de rejoindre la Tanzanie. Certaines ont été tuées par balle, d’autres sont mortes noyées dans le lac.
  • Le 28 octobre 1996, des éléments de l’AFDL/APR ont tué 101 civils zaïrois dans le village d’Abala-Ngulube, au carrefour du Moyen et du Haut-plateau, près de Minembwe, dans le territoire de Fizi. Les victimes étaient des Bembe, membres de la troisième Église Malikia wa Ubembe. Elles avaient refusé de quitter le village et se trouvaient dans l’église à l’arrivée des militaires. Certaines des victimes ont été brûlées vives dans l’église. Quelques jours avant l’attaque, des « éléments armés bembe » avaient tué deux militaires de l’AFDL/APR lors dune embuscade aux alentours d’Abala-Ngulube. Depuis ce massacre, chaque 28 octobre, les membres de la troisième Église Malikia wa Ubembe organisent une cérémonie en mémoire des victimes.

Au cours de la deuxième quinzaine d’octobre 1996, des éléments de l’AFDL/APR ont tué 130 civils dans la localité de Kaziba, à 53 kilomètres au sud-ouest de Bukavu, dans le territoire de Walungu. Le 16 octobre, ils ont notamment tué 36 civils dans le centre commercial de Kaziba. Les corps des victimes ont été inhumés au centre de Kaziba dans une fosse commune située à proximité de l’Église Mennonite. Un peu plus tard, les militaires ont tué de nombreux civils à coups de lances et de machettes dans le quartier de Namushuaga/Lukube. Par la suite, ils ont tué au moins 11 civils dans le quartier de Cihumba où sétaient réfugiés un grand nombre d’habitants. En marge de ces massacres, les militaires ont aussi pillé l’hôpital, des magasins et de nombreuses habitations et ils ont saccagé la petite centrale hydroélectrique locale, révèlent les témoignages recueillis par l’équipe Mapping.

Après Uvira et Kaziba en territoire de Walungu, les forces AFDL/APR ont marché sur la ville de Bukavu vers la fin du mois d’octobre 1996. Pendant ces deux jours, plus de 450 civils ont été tués, rapporte l’équipe Mapping. Elle révèle que le 29 octobre, les éléments AFDL et ses alliés ont tiré à l’arme lourde sur la ville, tuant sans discrimination civils et militaires. Après le départ des FAZ, ils ont ouvert le feu sur la population qui tentait de s’enfuir. Ils ont tué de nombreux civils à bout portant, dont l’Archevêque de Bukavu, Mgr Christophe Munzihirwa, tué dans son véhicule avec son chauffeur et son garde du corps à Nyawera, dans la commune d’Ibanda. À compter du 30 octobre, les militaires ont procédé à la fouille systématique des maisons, tuant et torturant sans discrimination des dizaines de personnes, civils comme militaires.

Dans le territoire de Shabunda, des éléments des ex-FAR/Interahamwe et des FAZ en déroute ont tué quatre civils et en ont blessé deux autres dans le village de Matili, à 51 kilomètres du centre de Shabunda, dans la chefferie de Bakisi du groupement de Banguma. Les victimes étaient accusées d’espionner pour le compte des militaires de l’AFDL/APR. Leurs corps ont été inhumés dans le cimetière de Matili.

Le rapport Mapping note également que dans le territoire de Kalehe, le 14 mars 1997, des éléments de l’AFDL/APR ont tué neuf civils, dont un enfant, à coups de couteaux et de machettes, dans la concession du projet VIPAM, située à Lwana, à 101 kilomètres au nord-ouest de Bukavu. Les victimes, originaires des territoires de Shabunda et Kabare, travaillaient pour ledit projet. Elles étaient accusées d’avoir aidé les réfugiés hutus dans leur fuite.

Toujours dans la même partie de la province du Sud-Kivu, dans la nuit du 22 au 23 décembre 1997, des militaires des FAC/APR ont tué 22 civils au niveau du centre commercial de Bulambika, situé à Bunyakiri, dans le territoire de Kalehe. Les victimes étaient accusées de soutenir les Maï-maï qui avaient occupé jusque-là le village.

Peu avant cette date, soit le 26 mai 1997, à Uvira, des éléments de l’AFDL/APR ont tué 126 civils lors d’une manifestation organisée pour protester contre l’assassinat de huit personnes par des hommes armés soupçonnés d’appartenir aux nouvelles forces de sécurité du régime de l’AFDL. Après la tuerie, les militaires ont interdit l’accès à la zone et jeté la plupart des corps dans deux fosses communes situées dans le quartier « Biens mal acquis » où ils avaient installé leur quartier général. Huit corps ont été enlevés par la population et enterrés au cours des jours suivants, lit-on dans le rapport.

Après la prise du pouvoir, d’autres massacres ont été enregistrés dans la partie orientale du pays. En juillet 1997, dans les villages de Kazumba, Talama, Mukungu et Kabanga situés à cheval entre les provinces du Katanga et du Sud-Kivu, des militaires des FAC/APR ont massacré entre 500 et 800 personnes. Lesdits villages étaient utilisés comme arrière-bases par la petite milice de « Jeshi la Jua » ou « armée du Soleil » en guerre ouverte contre le nouveau régime. Le massacre a été perpétré en représailles à l’attaque des éléments de « Jeshi la Jua » qui avait fait un mort du côté des Forces Armées Congolaises (FAC)/APR. Les tueries se sont étalées sur plusieurs jours et ont visé sans discrimination combattants et civils.

La rébellion armée menée par l’AFDL et ses alliés Rwandais, Ougandais et Burundais a été marquée également par l’enrôlement des enfants dans les groupes armés, phénomène appelé « Kadogo ». Depuis octobre 1996, les militaires de l’AFDL/APR ont recruté des enfants dans les territoires d’Uvira et de Fizi et dans la ville de Bukavu au Sud-Kivu.

L’équipe Mapping des Nations unies note quà Bukavu, le recrutement avait lieu notamment au niveau du quartier général de l’AFDL situé sur avenue Maniema, dans le bâtiment Lolango, actuel hôpital Sky Born. Les enfants recrutés ont suivi une formation militaire initiale dans le village de Kidoti, dans le territoire d’Uvira, puis ont été envoyés au front pour renverser le régime Mobutu.

Enrôlement des enfants soldats, massacres des civils fuyant les attaques armées, etc. Autant de crimes contre lesquels jusque-là personne n’a encore été poursuivi.

Source Politico

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