An 37 de la mort d’Ahmed Sekou Touré: « Nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l’esclavage »

Ahmed Sékou Touré, le petit fils de Samory Toué né le 9 janvier 1922 à Faranah en Guinée et mort le 26 mars 1984 à Cleveland, est le premier président de la République de Guinée, en poste depuis l’indépendance obtenue de la France en 1958 jusqu’en 1984.

Le 26 mars 1984, c’est la date à laquelle le premier président de la Guinée et celui qui fut le leader du parti PDG-RDA en 1958, feu Ahmed Sékou Touré, a tiré sa révérence.

Ce vendredi 26 mars, marque le 37ème anniversaire du décès de celui qu’on surnomme le père de la révolution. À cette occasion, une lecture du Saint Coran sera organisée à Conakry pour prier pour le repos de son âme tout en lui rendant hommage, affirme Oyé Beavogui, secrétaire général par intérim du parti PDG-RDA

Qui est Sékou Hamed Touré?

Avant l’indépendance, Sékou Touré travaille pour les services postaux (PTT), mais il est bloqué dans son ascension professionnelle et ne peut accéder aux postes de responsabilité auxquels il aspire. Il reste donc simple responsable des postes, mais s’investit dans le syndicalisme en devenant un des meneurs de la jeune génération guinéenne.

Les dates importantes

En 1945, il devient le secrétaire général du syndicat des postiers. Il participe à la fondation du Parti démocratique guinéen, antenne locale du Rassemblement démocratique africain parti agissant pour la décolonisation de l’Afrique.

En 1956, il organise l’Union générale des Travailleurs d’Afrique noire, une centrale syndicale commune pour l’Afrique-Occidentale française. Il est un des dirigeants du RDA, en travaillant étroitement avec son futur rival, Félix Houphouët-Boigny, qui devint en 1960 le président de la Côte d’Ivoire.  À cette date également , il est élu député de la Guinée à l’Assemblée nationale française et maire de Conakry sous la bannière du RDA, positions qu’il utilise pour  pointer farouchement du  doigt le régime colonial.

Le camouflet de Sékou Touré à De Gaulle

La métropole française est en pleine discussion sur la décolonisation qui s’annonce et, lors de la visite effectuée par le général de Gaulle à Conakry pour défendre son accord d’union-partenariat entre la France et ses colonies promises à l’indépendance, la foule se met à le huer. Cet incident organisé à l’instigation de Sékou lui vaudra la haine indéfectible de De Gaulle.

En 1958, Les Guinéens disent « Non » au référendum sur l’union-partenariat avec la France parrainé par le gouvernement français, et choisissent l’indépendance totale, qu’ils obtiennent le 2 octobre 1958 avec Sékou Touré à la tête du pays. La Guinée est la seule des colonies africaines de la France à voter pour l’indépendance immédiate plutôt que continuer une association avec la France tandis que le reste de l’Afrique francophone choisit l’indépendance deux ans plus tard, en 1960.

Le refus de la Guinée de s’inscrire dans la coopération française mène à un retrait rapide des Français qui suscite un certain nombre de difficultés pour le jeune État guinéen : rapatriement soudain des archives souveraines françaises, et surtout la rupture de très nombreux liens économiques.

Lors du voyage du général De GAULLE en Afrique proposant aux pays de l’ex-Union Française leur intégration dans la communauté franco-africaine. Allocution du Président Sekou TOURE en réponse à la proposition de communauté du Général De GAULLE : 

« … Nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l’esclavage… C’est ce souci de dignité, cet impérieux besoin de liberté qui devait susciter aux heures sombres de la France les actes les plus nobles, les sacrifices les plus grands, et les [beaux traits] de courage. La liberté c’est le privilège de tout homme, le droit naturel de toute société et de tout peuple, la base sur laquelle les états africains s’associeront à la République Française, et à d’autres états pour le développement de leurs valeurs et leurs richesses communes. »

Une déclaration de Guerre de l’Hexagone : Sékou Touré un adversaire gênant dans les bottes des colons

Maurice Robert, chef du secteur Afrique au service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE) de 1958 à 1968, explique que :

« Nous devions déstabiliser Sekou Touré, le rendre vulnérable, impopulaire et faciliter la prise du pouvoir par l’opposition. (…) Une opération de cette envergure comporte plusieurs phases : le recueil et l’analyse des renseignements, l’élaboration d’un plan d’action à partir de ces renseignements, l’étude et la mise en place des moyens logistiques, l’adoption de mesures pour la réalisation du plan. (…) Avec l’aide d’exilés guinéens réfugiés au Sénégal, nous avons aussi organisé des maquis d’opposition dans le Fouta-Djalon. L’encadrement était assuré par des experts français en opérations clandestines. Nous avons armé et entraîné ces opposants guinéens pour qu’ils développent un climat d’insécurité en Guinée et, si possible, qu’ils renversent Sékou Touré. (…) Parmi ces actions de déstabilisation, je peux citer l’opération « Persil », par exemple, qui a consisté à introduire dans le pays une grande quantité de faux billets de banque guinéens dans le but de déséquilibrer l’économie »

Une présidence marquée par une politique marxiste

Le début de la présidence de Touré est marqué par une politique marxiste, avec la nationalisation des entreprises étrangères et une économie fortement planifiée. Sékou Touré remporte le Prix Lénine pour la paix en 1961.

La France mène alors une guerre économique contre son ancienne colonie (les services secrets français vont notamment répandre de faux francs guinéens pour déstabiliser la Guinée monétairement). Ses premières actions pour rejeter les Français puis pour s’approprier la richesse et les terres agricoles des propriétaires traditionnels, irritent de nombreux acteurs puissants, mais l’échec de son gouvernement à fournir des capacités économiques ou des droits démocratiques, encore plus.

Alors qu’il est encore admiré dans beaucoup de pays en Afrique et dans le mouvement panafricain, de nombreux Guinéens, des militants de gauche et de droite en Europe deviennent très critiques envers le régime de Touré en particulier quant à son échec à instituer une véritable démocratie.

Dans les années 1960, il est le premier président africain à se rendre en visite officielle en Chine, qui apporte des aides financières à la Guinée.

La Guinée établit de nouvelles relations avec la Chine

Au fil du temps, la paranoïa croissante de Sékou Touré conduit à l’arrestation de nombreux opposants politiques présumés. Selon Amnesty International, quelque 50 000 personnes auraient été assassinées sous le régime de Touré, de 1958 à 1984. Le Camp Boiro reste le symbole de cette répression violente où, selon une estimation, 5 000 personnes sont exécutées parfois après des tortures dénoncées alors par Amnesty International. À travers la police secrète et les exécutions dans les camps de détention, Sékou Touré fait régner sur le pays un régime de terreur, contraignant des milliers de Guinéens à fuir la répression. Des dizaines de milliers de dissidents guinéens cherchent à fuir le pays.

Rupture avec la France et défense du panafricanisme :

De 1965 à 1975, la rupture avec  la France, ancienne puissance coloniale. Les brouilles entre la France et la Guinée, le « précarré », sont fréquentes. De nombreuses tentatives de renversement du président guinéen sont mis en œuvre.

Sekou Touré accuse les autorités françaises, la Côte-d’Ivoire ou le Sénégal d’être l’auteur. Ce dernier répond par une répression contre l’opposition. Redoutant une intervention militaire de l’ancien colonisateur, le chef d’État se rapproche du camp socialiste, bénéficiant d’aides chinoises et soviétiques.

La ligne directrice de Touré est précise et son combat s’inscrire dans la libération de son continent: l’Afrique a perdu beaucoup pendant la colonisation et qu’elle devrait riposter en coupant les liens avec les anciens pays coloniaux.

Sékou Touré

Tentative de réconciliation entre la France Valéry Giscard d’Estaing et la Guinée de Sekou Touré

C’est seulement en 1978 que le président de la République française, Valéry Giscard d’Estaing effectue une visite officielle, en signe de réconciliation. Tout au long de son différend avec la France, la Guinée maintien de bonnes relations avec plusieurs pays socialistes.

Toutefois, l’attitude de Sékou Touré envers la France n’est généralement pas bien accueillie, et certains pays africains rompent les relations diplomatiques avec la Guinée. Malgré cela, Touré gagne le soutien de nombreux groupes et dirigeants anticolonialistes et panafricains.

Les principaux alliés de Sékou Touré

Ses principaux alliés dans la région sont les présidents du Ghana Kwame Nkrumah et du Mali Modibo Keïta. Après que Nkrumah est renversé par un coup d’État en 1966, Touré lui offre refuge en Guinée et lui propose d’être coprésident, ce qu’il refuse.

Une belle complicité entre Sékou Touré et Kwame Nkrumah

En tant que figure du mouvement panafricaniste, il s’en prend toujours aux anciennes puissances coloniales, et se lie d’amitié avec des militants afro-américains comme Malcolm X et Stokely Carmichael, à qui il offre l’asile.

Touré, avec Nkrumah, contribue à la formation du Parti révolutionnaire du Peuple africain (All-African People’s Revolutionary Party) et aide les guérilleros du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) dans leur lutte contre le colonialisme portugais en Guinée portugaise.

De gauche à droite, Présidents Modibo Keita, Kwame Nkrumah .

La brouille entre Nelson Mandela et Sekou Touré

Sékou Touré apporte un soutien financier à l’ANC de Nelson Mandela lors de la tournée africaine de celui-ci en 1962.

Les relations entre Nelson Mandela et Sékou Touré  se dégradent  lors de sa visite à Conakry16 le 12 avril 1962 et, dans ses mémoires Un long chemin vers la liberté17, il écrit avoir été déçu par le président Sékou Touré qui le recevra avec Oliver Tambo.

À sa sortie de prison, Mandela visitera tous les pays qui l’avaient soutenu, mais ne viendra pas en Guinée.

Le choix d’une libéralisation économique

En 1983, il annonce une certaine libéralisation économique dont la commercialisation des produits par les commerçants privés.

Ranimation de l’identité guinéenne

Afin de ranimer l’identité guinéenne, Sékou Touré mise sur la promotion de la culture nationale : « Notre musique doit s’élever d’un monde qui l’a corrompue au travers de la domination coloniale et affirmée les pleins droits du peuple ».

Les orchestres privés sont dissous et les musiciens deviennent des fonctionnaires. Le label Syliphone, régie d’état créée en 1967, produit 150 références jusqu’à sa disparition en 1983.

Sékou Touré tire sa révérence le 26 mars 1984

Le 20 mars 1984, après de nombreux déplacements pour l’organisation du 20e sommet de l’organisation de l’unité africaine, il conclut le congrès des syndicats du CEDEAO en déclarant « Je resterai syndicaliste jusqu’à ma mort ». Quelques heures plus tard, il est pris de forts malaises. Des médecins marocains affrétés par le roi Hassan II diagnostiquent de sérieux problèmes cardiaques. Le 24 mars, des cardiologues américains diagnostiquent un anévrisme de l’aorte. L’Arabie saoudite dépêche aussitôt un avion-hôpital pour l’emmener à Cleveland.

À l’époque de Sékou Touré, aucun avion, autres que ceux des lignes régulières, ne pouvait atterrir à Conakry sans l’autorisation personnelle du président. Lorsque l’avion saoudien arrive à Conakry, la tour de contrôle, selon la procédure, contacte le président pour obtenir son autorisation ; ne pouvant joindre Sékou Touré dont l’état critique était tenu secret, les contrôleurs refusent le droit d’atterrissage à l’appareil, qui met le cap sur Dakar. Ce n’est que le lendemain, lorsque le Premier ministre (médecin de profession), s’enquiert de l’avion-hôpital, que l’appareil revient à Conakry et que Sékou Touré est finalement évacué aux États-Unis malgré sa réticence à l’idée de quitter son pays.

Sékou Touré meurt le 26 mars 1984 à 15h23 à Cleveland (Ohio), aux États-Unis, lors d’une opération de chirurgie cardiaque. Sa dépouille est rapatriée le 28 mars et exposée pendant 2 jours au palais présidentiel. Il est inhumé le 30 mars au mausolée de Camayenne.

Vidéo d’archives

Source Wikipédia et autres archives

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