Les conseils de Silvio berlusconi à Laurent GBagbo: : « Tu me plais, toi. Si je peux te donner un conseil : méfie-toi de Chirac. Il est très sympathique, comme ça, mais il poignarde dans le dos. »

« Pour la vérité et la justice » sort aujourd’hui. Nous vous en diffusons en exclusivité les meilleures feuilles. Dans ce premier extrait du livre, l’ancien chef d’Etat aborde le coup d’Etat de du 19 septembre 2002 et les motivations des parrains de la rébellion.

(…) Les 18 et 19 septembre 2002, j’étais en voyage officiel à Rome. À peine arrivé, qui est-ce que je vois, à l’hôtel ? Robert Bourgi. Bien sûr, j’ai trouvé la coïncidence curieuse, et pour tout dire, ça ne pouvait pas en être une. Nous avons dîné ensemble.

J’ai rencontré le président de la République, puis j’ai rencontré Silvio Berlusconi, qui était à l’époque président du Conseil. On parle politique, projets: il m’a brillamment entretenu sur «l’e-gouvernement », et m’a proposé la collaboration de son pays pour l’informatisation de notre administration. Il m’a dit qu’il avait perdu beaucoup d’argent en France. Il m’a raccompagné à la voiture en me tenant le bras, et quand nous avons été seuls, qu’il a été certain que personne ne l’entendrait, il m’a dit : « Tu me plais, toi. Si je peux te donner un conseil : méfie-toi de Chirac. Il est très sympathique, comme ça, mais il poignarde dans le dos. »

Après cela, j’ai vu le maire de Rome, et je devais voir le pape, le lendemain. Je suis rentré à l’hôtel. Vers 3 ou 4 heures du matin – il était 2 heures à Abidjan – j’ai été informé par un coup de fil de l’attaque militaire massive déclenchée dans tout le pays. Je décide de rentrer immédiatement. Robert Bourgi apparaît à ce moment et insiste : « Passe à Paris voir ton grand frère [Chirac] ». Sur le moment, j’ai pensé à tous ces chefs d’États, en Afrique, qui étaient partis en voyage, et n’avaient jamais pu rentrer… Je n’avais pas vu le pape, je ne suis pas allé à Paris, voir Chirac. Je suis rentré à Abidjan.

Il y a eu un problème avec le plan de vol, les pilotes n’ayant pas été prévenus assez tôt. Je n’ai pas pu quitter Rome le jour même. Je suis rentré le 20 septembre. Le ministre de la Défense et le Premier ministre m’attendaient à l’aéroport. Ce sont eux qui m’ont appris la mort d’Émile Boga Doudou, le ministre de l’Intérieur assassiné alors qu’il tentait de fuir son domicile, seul et sans arme.

J’ai fait une intervention à la télévision ivoirienne, le jour même de mon arrivée. J’ai appelé au rassemblement face au coup d’État. J’ai rappelé nos objectifs de progrès. J’ai souligné que nous étions passés, du jour où j’avais prêté serment, le 26 octobre 2000, d’un taux de croissance négatif à moins 2,3 % à moins 0,9 % à la fin de 2001, et que nous allions vers les 5 à 6 %, selon les prévisions des experts. Notre place dans les institutions internationales était rétablie. Il n’était pas question que l’on vienne nous voler le fruit de nos efforts, et que l’on remette en cause l’avenir du pays pour le seul bénéfice de quelques-uns. J’ai évidemment condamné l’action des putschistes.

Chirac m’a téléphoné pour me reprocher d’avoir été trop dur dans mes propos : « Tu les as traités de terroristes ! » « Mais enfin, lui ai-je dit, si vous vous réveillez et qu’on vous dit que des rebelles viennent d’attaquer la capitale, qu’est-ce que vous dites ? » Il m’a dit : « Il faut négocier avec eux. » Je me doutais que les rebelles avaient été entraînés au camp de Pô, au Burkina. Des bruits avaient couru. Mais, le jour où j’en avais parlé à Villepin, quelque temps avant le coup d’État, il m’avait répondu : « Blaise [Compaoré, le président du Burkina Faso] ne ferait pas ça ! »
Le coup a échoué, laissant des centaines de morts sur le terrain. Les rebelles ont occupé plus de la moitié du pays. La France a envoyé une force d’interposition, et instauré une «zone de confiance ». J’ai décrété une amnistie générale, c’était un message de paix.

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