Arrestation en France des terroristes « rouges » italiens: une erreur historique réparée

PARIS/ROME (Reuters) – Sept Italiens condamnés par la justice de leur pays pour des actes de terrorisme d’extrême gauche durant les « années de plomb » ont été interpellés mercredi matin en France, où ils étaient réfugiés depuis des décennies, et risquent une extradition, ont annoncé mercredi les autorités françaises.

Les autorités italiennes se sont réjouies de ces arrestations après avoir réclamé en vain pendant des années l’extradition de plusieurs dizaines de militants de gauche que la France a accepté d’accueillir dans les années 1980 à condition qu’ils renoncent à la violence.

L’Elysée a expliqué ces soudaines arrestations à la fois par le fait que la France était « elle-même touchée par le terrorisme » et par sa volonté de contribuer à la « construction d’une Europe de la Justice, dans laquelle la confiance mutuelle doit être au centre ».

Dans un communiqué, le parquet général de Paris a précisé que les personnes arrêtées étaient cinq hommes et deux femmes âgés de 63 à 77 ans, réclamés par Rome pour des faits de meurtre, attentats ou pour ne pas avoir purgé une ou plusieurs peines de prison.

« (…) ils seront présentés au procureur général de Paris en vue d’une notification de la demande d’extradition dont ils font l’objet puis comparaîtront devant la chambre de l’instruction », a dit le parquet.

Parmi ces sept personnes figure Giorgio Pietrostefani, cofondateur du groupuscule Lotta Continua (« Lutte continue »), condamné à 22 ans de prison pour sa participation au meurtre en 1972 du commissaire de police Luigi Calabresi à Milan.

Les six autres personnes arrêtées sont toutes d’anciens membres des Brigades rouges, notamment Marina Petrella, Roberta Cappelli et Sergio Tornaghi, condamnés à la prison à perpétuité pour une série d’assassinats et d’enlèvements.

L’ITALIE « EXPRIME SA SATISFACTION »

Le président du Conseil italien, Mario Draghi, a salué ces arrestations.

« Le gouvernement exprime sa satisfaction au sujet de la décision de la France d’engager des procédures judiciaires, à la demande de l’Italie, contre ces responsables de ces crimes très graves de terrorisme, qui ont laissé une plaie ouverte » dans la mémoire des Italiens, peut-on lire dans un communiqué des services de Mario Draghi.

Selon l’Elysée, trois autres personnes également condamnées par la justice italienne n’étaient pas à leur domicile et sont encore recherchées ce mercredi.

Les autorités italiennes avaient initialement demandé l’extradition de 200 individus mais « un important travail préparatoire bilatéral (…) a conduit à retenir les crimes les plus graves » et les « dix demandes transmises à la Cour d’appel de Paris entrent strictement dans le cadre de la ‘doctrine Mitterrand’, puisqu’il s’agit de crimes de sang », a indiqué la présidence de la République française.

« La France, elle-même touchée par le terrorisme, comprend l’absolu besoin de justice des victimes », a dit l’Elysée, où l’on insiste aussi sur « le climat de confiance désormais très net entre le président et Mario Draghi ».

L’ancien président socialiste François Mitterrand s’était engagé verbalement en 1985 à ne pas extrader les anciens activistes italiens d’extrême gauche réfugiés en France, à l’exception de ceux ayant commis des crimes de sang.

Depuis les années 2000, les gouvernements français ont néanmoins engagé un dialogue avec les autorités italiennes sur cette question et les demandes d’extradition présentées par l’Italie, notamment pour des anciens membres des Brigades rouges, sont réexaminées au cas par cas par la justice française, en particulier les situations concernant les faits les plus graves.

En 2008, Nicolas Sarkozy, alors président, avait toutefois refusé l’extradition de Marina Petrella pour des raisons de santé, suscitant la colère en Italie. Cette ancienne membre des Brigades rouges a notamment été condamnée pour le meurtre du général Enrico Galvaligi en 1980, et de deux gardes du corps.

L’Italie est en revanche parvenue deux ans plus tard à obtenir l’extradition de Cesare Battisti du Brésil, où cet ancien militant d’extrême gauche, condamné par contumace pour quatre meurtres, s’était réfugié après avoir fui la France au moment où l’attitude des autorités françaises a commencé à évoluer.

Au sein de la gauche française, Jean-Luc Mélenchon a dénoncé sur Twitter les arrestations effectuées mercredi, jugeant qu' »avec Macron, la France n’a plus de parole ».

Le ministre français de la Justice, Eric Dupond-Moretti, a pour sa part déclaré n’avoir « strictement aucun état d’âme » et s’est dit « fier de participer à cette décision qui (…) permettra à l’Italie, après 40 ans, de tourner une page de son histoire qui est maculée de sang et de larmes ».

De la fin des années 1960 jusqu’au début des années 1980, l’Italie a vécu une période surnommée les « années de plomb », au cours de laquelle des attentats, des assassinats et des enlèvements de la part de mouvements d’extrême gauche et d’extrême droite ont fait des centaines de morts et des milliers de blessés.

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