Petites fioles, gros crime : les criminels prêts à s’en prendre aux vaccins africains

Vaccination contre le Covid-19 dans un hôpital de Nairobi, le 12 mai 2021.  PHOTO / Robert Bonet / NurPhoto via AFP

Frontières poreuses, réseaux criminels bien organisés, marché informel répandu… Alors qu’il manque cruellement de vaccins contre le Covid-19, le continent africain a tout pour séduire les criminels en blouse blanche. Il est le lieu idéal où répandre de faux vaccins et représente une manne gigantesque pour les gangs, analyse le Centre Bhekisisa pour le journalisme de santé.

Le 6 mars 2020, soit au lendemain de la confirmation par les autorités sud-africaines d’un premier cas de Covid-19 et quelques semaines après que l’Égypte a été le premier pays du continent africain à déclarer une contamination, la police ougandaise a arrêté un guérisseur et sa fille dans un village à 120 kilomètres à l’est de Kampala, la capitale de l’Ouganda.

“Ils avaient rendu visite à plusieurs familles et leur avaient dit qu’ils avaient découvert un vaccin contre le coronavirus, explique Fred Enanga, porte-parole de la police. Les habitants les avaient crus et avaient acheté le prétendu vaccin à un prix négocié avec le vendeur avant de recevoir l’injection.”

Le 19 novembre, un incident nettement plus grave est survenu dans un entrepôt de Germiston, explique Mlungisi Wondo, responsable de l’Agence sud-africaine de réglementation des produits de santé (Sahpra).

Des policiers avaient repéré un “lot suspect” en provenance de l’aéroport de Tambo, à l’est de Johannesburg. Après avoir ouvert “plusieurs cartons”, un agent avait contacté la Sahpra.

“Nos inspecteurs sont arrivés et ont découvert des seringues préremplies, avec des étiquettes en chinois. Les deux personnes présentes sur place – le propriétaire de l’entrepôt et le propriétaire, chinois, de la marchandise – ont été arrêtées, poursuit Wondo. Il était clair que ces seringues étaient destinées à être vendues comme d’authentiques doses de vaccin contre le Covid-19.”

D’après Interpol, ces faux vaccins avaient été mis en vente sur le réseau social chinois WeChat et importés depuis Singapour en tant qu’“injections cosmétiques”.

Travaillant en coopération avec la Sahpra, la police “essaie toujours de savoir si des lots ont été distribués dans le pays. Le risque, à présent, est que des gens se fassent injecter ces faux vaccins. Nous ne savons pas ce qu’il y a dedans. Des tests sont en cours au Laboratoire national de contrôle, à Bloemfontein.”

Le 15 janvier, l’Agence nigériane de contrôle sanitaire (Nafdac) a annoncé que de faux vaccins circulaient dans le pays. “La Nafdac demande instamment aux citoyens de faire attention, a déclaré la directrice générale de l’agence, Mojisola Adeyeye. Aucun vaccin contre le Covid-19 n’a encore été approuvé par la Nafdac. Ces faux vaccins pourraient tuer des gens.”

L’Afrique, royaume de la contrefaçon

Tous ces exemples montrent que l’Afrique est un terreau fertile pour la distribution de vaccins volés ou contrefaits. Or, l’émergence de nouveaux variants du virus, comme celui identifié en Afrique du Sud, ne va qu’accroître la demande en vaccins – ces variants étant plus contagieux encore que le virus initial.

Les statistiques montrent que le continent est particulièrement vulnérable au risque de contrefaçons. Selon un rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), entre 2013 et 2017, près de la moitié des médicaments falsifiés ou ne répondant pas aux normes standards étaient concentrés en Afrique subsaharienne, où les contrôles sont faibles et les frontières poreuses et où la distribution de faux produits pharmaceutiques n’est généralement pas considérée comme un crime, en dépit du danger que ces derniers peuvent représenter.

Comme le rappelle le rapport de l’OMS, les faux traitements contre le paludisme sont responsables de 158 000 morts chaque année en Afrique subsaharienne, et le marché des contrefaçons de médicaments pourrait représenter 200 milliards de dollars, soit de 10 à 15 % du marché mondial des produits pharmaceutiques.

En Afrique du Sud, la campagne de vaccination qui devait être lancée avec le vaccin d’AstraZeneca a été temporairement suspendue après la découverte de nouvelles informations montrant que ce vaccin n’offre que 10 % de protection contre les formes graves et sévères de la maladie provoquée par le variant dit “sud-africain”.

Le ministère de la Santé a annoncé la création d’une étude pour comparer l’efficacité des vaccins Johnson & Johnson, Pfizer et peut-être AstraZeneca contre le nouveau variant du virus. Les formes graves de la maladie débouchent sur un nombre élevé d’hospitalisations et de morts, c’est pourquoi la vaccination est un outil de lutte important dans cette pandémie.

Mai la campagne [fera face à] de nombreux obstacles. [C’est] une opération inédite, aussi bien par son ampleur que par sa complexité. Cela donnera-t-il naissance à des activités criminelles ? Probablement. Mais la question principale reste de trouver comment administrer le vaccin à des millions de personnes”, explique Salim Abdool Karim, épidémiologiste et coprésident du comité scientifique consultatif sud-africain sur le Covid-19. “Le dispositif chargé d’encadrer les vaccins semble assez solide. Les mesures de sécurité autour des vaccins seront fortes”, ajoute Karim, qui dirige également le Centre du programme de recherche contre le sida en Afrique du Sud (Caprisa).

Mauvaises routes et crime organisé

Les contrôles seront toutefois loin d’être aussi stricts que ceux pratiqués en Europe et aux États-Unis, où à chaque maillon de la chaîne de distribution – des aéroports aux transporteurs en passant par les fabricants – des équipes spécialement formées veillent sur les vaccins.

Les sociétés vérifient les possibles antécédents de tout leur personnel ; les caisses de vaccins sont équipées de traqueurs GPS et sont entreposées dans des lieux secrets ; certaines doses sont dotées de technologies de vérification à la lumière noire (des marques qui n’apparaissent que sous des rayons ultraviolets) pour prouver leur authenticité ; certaines entreprises utilisent également des leurres pour tromper les criminels.

En revanche, dans la plupart des pays d’Afrique, les autorités sont encore empêtrées dans des négociations pour obtenir des vaccins et trouver des solutions à l’immense défi logistique que représente leur distribution

[…]

Darren Taylor

Lire l’article original

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s