Les procureurs français demandent six mois de prison à l’encontre de l’ex-président Nicolas Sarkozy pour pour le truquage de ses comptes de campagne 2012

Nicolas Sarkozy au tribunal de Paris le 15 juin. © Christophe Archambault/AFP

Une peine d’un an de prison dont six mois avec sursis a été réclamée le jeudi 17 juin contre l’ancien président-candidat pour la duperie de ses comptes de campagne 2012. « Le paradoxe de cette affaire, c’est que les moins malhonnêtes sont les hommes d’affaires », a attaqué  un des magistrats.

Le réquisitoire du parquet

Après cinq semaines de débats, les représentants du parquet prononcent leur réquisitoire à deux voix dans l’affaire des comptes de campagne 2012 de Nicolas Sarkozy, ce jeudi 17 juin, au tribunal correctionnel de Paris. « Dans cette campagne, l’important, ce n’était pas de respecter le plafond de dépenses, c’était de gagner les élections. L’argent ne compte pas, c’est l’UMP qui paye », attaque la procureure Vanessa Perrée.

Le coût outrancier de la campagne de Nicolas Sarkozy

Malgré la loi instruite pour faire respecter l’égalité des candidats, « aucun plafond de dépenses n’est fixé, on ajoute des meetings, on fait appel à une deuxième agence de communication, sans feuille de route ni cahier des charges. Le directeur de campagne est inexpérimenté, il y a une dispersion des responsabilités, aucun circuit clair pour les devis, des engagements de dépenses erratiques… », énumère la magistrate.

« C’est Nicolas Sarkozy qui a souhaité accélérer le rythme de la campagne », poursuit Vanessa Perrée. On passe de 15 meetings à 44, avec une augmentation des demandes de prestations. « Des demandes incroyables, il fallait que ça pète, a déclaré Franck Attal » (un ancien de Bygmalion).

Loges, jets privés, trains spéciaux, buffets, images et signal haute définition, écrans géants, nombre de techniciens doublé, rien n’était trop beau pour le président candidat, expose la procureure. « Il en fallait toujours plus, a déclaré Sébastien Borivent » (lui aussi ancien de Bygmalion).

La fraude date de 2012 selon la procureure

Pour la procureure, la fraude a démarré fin février 2012. On fait alors prendre en charge les dépenses de campagne par l’UMP au lieu de l’association de financement du candidat, et on émet ensuite de fausses factures pour dissimuler une partie importante de ces dépenses pharaoniques, résume-t-elle. « Une seconde fraude est ensuite mise en place, avec l’effacement de 3,5 millions d’euros de prestations du compte de campagne », rappelle également la magistrate. Les alertes des experts-comptables ont été ignorées.

« Ceux qui sont ici ne sont pas de simples exécutants », avertit Vanessa Perrée en regardant les prévenus (Nicolas Sarkozy et Bastien Millot sont absents). Elle fustige tous ceux, en dehors de Jérôme Lavrilleux, Guy Alvès, Franck Attal et Sébastien Borivent, qui ont assuré n’avoir aucune responsabilité dans la fraude et avoir servi de fusibles. « C’est l’ignorance généralisée. Le déni. Une signature n’a aucune valeur. Personne n’est en charge des finances », moque-t-elle.

« Le meeting de Villepinte à 6 millions d’euros ? Ils signaient d’un œil distrait, disent-ils. Mais leurs fonctions et leur formation rendent impossible leur défense », tranche la procureure. Du côté de l’UMP et de l’équipe de campagne, les mines des prévenus s’allongent. Quant aux dénégations de Nicolas Sarkozy, la magistrate les qualifie ironiquement de « farce », le terme qu’avait utilisé l’ancien chef de l’État, mardi, à la barre du tribunal, pour nier l’existence d’une fraude lors de sa campagne 2012.

Que les dirigeants de Bygmalion se soient enrichis a posteriori en se versant des dividendes n’est que marginal, n’est pas délictueux, et ne décris pas l’explosion des coûts de la campagne, poursuit Vanessa Perrée. « La fraude ne peut se faire qu’en interaction avec l’UMP et l’équipe de campagne. » Par ailleurs, explique-t-elle, les marges pratiquées par Bygmalion étaient dans la moyenne et toutes les factures des sous-traitants ont été vérifiées. Il n’y avait pas de détournements ni de trésor caché à Bygmalion, contrairement aux déclarations pleines de sous-entendus de Nicolas Sarkozy.

Nicolas Baïetto se lève à son tour. Le procureur détaille « l’œuvre collective » du truquage du compte de campagne. Côté UMP, équipe de campagne et experts-comptables, le procès a été un « cortège de dénégations infinies ». Les anciens de Bygmalion, eux (à l’exception de Bastien Millot), ont assumé leurs responsabilités. « Le paradoxe de cette affaire, c’est que les moins malhonnêtes sont les hommes d’affaires », cingle le magistrat.

La décision de frauder venait en premier lieu de l’équipe de campagne et de l’UMP. « Les dirigeants de Bygmalion ont accepté en commun de prendre part à ce système, avec des risques et avec des profits », explique Nicolas Baïetto.

Vanessa Perrée reprend la parole. Elle éreinte les « dénégations absurdes » des anciens cadres dirigeants de l’UMP, Éric Cesari, Fabienne Liadzé et Pierre Chassat, qui ont élaboré en commun, selon elle, le système de fausses factures. Quant à Jérôme Lavrilleux, qui « reconnaît avoir eu un rôle dans ce système de fraude », il ne dit pas tout. Il a notamment assuré avoir caché la fraude à Jean-François Copé, alors patron de l’UMP. « Ses déclarations visent peut-être à protéger ceux qu’il sert ou qu’il affectionne », lance la procureure.

Les experts-comptables Pierre Godet et Marc Leblanc, qui disent n’avoir rien vu, tout comme le directeur de campagne, Guillaume Lambert, ainsi que Philippe Briand et Philippe Blanchetier, alors mandataire financier et trésorier de l’association de financement, en prennent également pour leur grade.

Quant à Nicolas Sarkozy, « lui ne regrette visiblement rien, il n’est venu qu’à une audience alors que toutes le concernaient », lance Vanessa Perrée. Elle fustige sa « désinvolture vis-à-vis de ses coauteurs, vis-à-vis du tribunal, et comme pour la gestion de ses comptes de campagne ».

Pour la procureure, l’infraction de financement illégal de campagne est caractérisée. « Il y a eu dépassement, Nicolas Sarkozy en a eu connaissance. Il est le signataire et le seul responsable de son compte de campagne. Il était informé des notes d’alerte et il a donné des instructions contraires. C’est sa volonté, de dépasser le plafond autorisé. Sa responsabilité pénale est engagée, résume la magistrate. C’est son choix, d’augmenter les meetings. C’est lui qui décide de leur nombre et de leur format. »

Vanessa Perrée rappelle que Nicolas Sarkozy « briguait un second mandat, signait des décrets et des traités » en tant que chef de l’État et que, dès lors, il ne pouvait pas signer son compte de campagne « les yeux fermés », comme il l’a déclaré. Dire qu’il ne s’occupait ni du budget ni des finances de la campagne, et qu’il avait beaucoup délégué, cela ne suffit pas à l’exonérer de toute responsabilité aux yeux du parquet. « Que Nicolas Sarkozy ne se présente pas comme un prince ennemi de la fraude, mais qu’il assume ce que ses équipes ont fait pour lui, lance la magistrate. Il ne peut pas se défausser sur d’autres de sa responsabilité. Cela ne correspond pas aux devoirs de la charge qu’il briguait. » « En dopant sa campagne, il n’a pas respecté le principe d’égalité des candidats. »

Avec Mediapart

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