Dos au mur, la France « État voyou » se donne 15 jours pour trancher sur l’avenir de sa présence au Mali

Manifestation à Bamako, le 14 janvier 2022.

Face à la transition malienne déterminée à faire valoir sa souveraineté , la France s’est donnée deux semaines pour envisager son avenir au Mali, après neuf ans de lutte antijihadiste à laquelle elle avait fini par réussir à associer des partenaires européens.

Quitter le Mali serait une décision lourde de conséquences: depuis 2013, la France a déployé plus de 5.000 soldats au Sahel, avant de décider en 2021 de réduire la voilure. Un retrait des troupes se ferait dans un contexte extrêmement tendu et face à une population de plus en plus hostile à la présence française.

Rappelons, que le lundi 31 janvier, les autorités maliennes ont sommé l’ambassadeur de France de quitter le territoire dans un délai de 72h. Les autorités maliennes ont justifié cet acte par les récentes déclarations « hostiles » de responsables français à leur encontre.

Un épisode de plus dans l’escalade des tensions politiques entre Bamako et Paris, qui ne font que grandir depuis la prise de pouvoir de la junte militaire.

« Le gouvernement de la République du Mali informe l’opinion nationale et internationale que ce jour (…) l’ambassadeur de France à Bamako, son excellence Joël Meyer, a été convoqué par le ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale [et] qu’il lui a été notifié la décision du gouvernement qui l’invite à quitter le territoire national dans un délai de soixante-douze heures. »

Les pays partenaires du groupement européen de forces spéciales Takuba, créé en 2020 à l’initiative de la France pour prétendre partager le fardeau, vont travailler « d’ici la mi-février » pour « prévoir une adaptation » de leur dispositif au Mali au regard de l’ »isolement progressif » de ce pays, a annoncé mardi le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal.

« La situation ne peut pas rester en l’état. D’ici la mi-février, on va travailler avec nos partenaires pour voir quelle est l’évolution de notre présence sur place » et « pour prévoir une adaptation », a-t-il déclaré sur Franceinfo au lendemain de l’annonce de l’expulsion de l’ambassadeur de France, en réaction aux récentes déclarations jugées « hostiles » de responsables français.

Cette décision fait culminer les tensions entre Bamako et l’ancienne puissance coloniale, qui compte encore plus de 4.000 militaires au Sahel, dont plus de la moitié au Mali, malgré un allègement du dispositif entamé l’été dernier, compensé par l’arrivée de renforts européens.

Interrogé pour savoir si les troupes françaises allaient se retirer du Mali, le porte-parole du gouvernement a fait remarquer que Paris avait « progressivement réduit la voilure et on va continuer à le faire ».

De fait, les discussions entre Européens vont déjà bon train en coulisses depuis la récente décision de la junte d’exiger le retrait d’un contingent de force spéciales danoises, venu grossir les rangs de la force Takuba, qui regroupe 800 militaires au Mali.

« Les pays prendront dans les 14 prochains jours une décision sur ce à quoi devrait ressembler le futur de la lutte contre le terrorisme au Sahel », avait déclaré vendredi la ministre danoise de la Défense Trine Bramsen, alors que Takuba, symbole d’une Europe de la défense chère à Emmanuel Macron, est aujourd’hui dépendant du bon vouloir de Bamako pour exister.

Casse-tête
Les relations bilatérales n’ont cessé de se détériorer depuis que des colonels ont pris par la force en août 2020 la tête du Mali, plongé depuis 2012 dans une profonde crise sécuritaire et politique. Peu pressés de rendre le pouvoir aux civils, les autorités maliennes sont entrés ces derniers mois en résistance face à une grande partie de la communauté internationale, dont ses voisins, et soufflent sur les braises d’un sentiment antifrançais régional latent. Toutefois, ce sentiment français semble être justifié puisque la France n’a pas renoncé à ses ambitions impérialistes envers ses ex-colonies. La nouvelle génération africaine soucieuse et consciente veut se libérer du joug colonial.

La France et ses alliés européens s’alarment aussi de l’appel fait, selon eux, par les autorités aux mercenaires de la sulfureuse société de mercenaires russe Wagner, réputée proche du Kremlin. La junte persiste à démentir.

En pleine présidence française de l’Union européenne et à trois mois de l’élection présidentielle française à laquelle Emmanuel Macron va sans doute se représenter, un retrait forcé du Mali après neuf ans d’engagement au prix de 48 morts français (53 au Sahel) constituerait un cuisant revers. Mais l’attitude du gouvernement de transition rend ce scénario de plus en plus difficile à éviter, d’après de nombreux observateurs.

« Un soldat français peut-il encore risquer sa vie pour la protection d’un pays failli qui expulse son ambassadeur? », s’indignait mardi sur Twitter le colonel français en retraite Raphaël Bernard, auteur de l’ouvrage paru en novembre « Au coeur de Barkhane », du nom de l’opération antijihadiste française au Sahel.

Une sortie du Mali ne se ferait toutefois pas sans difficulté. Le désengagement des militaires français, solidement implantés sur des bases à Gao, Ménaka et Gossi, prendrait de nombreux mois à organiser, selon l’état-major. En outre, la relocalisation de Takuba promet d’être un casse-tête: le Niger voisin a fait savoir qu’il n’accueillerait pas cette task force. Quant au Burkina Faso, il vient de connaître un coup d’Etat.

Le vide laissé par les troupes ne manquerait enfin pas de profiter aux mouvements jihadistes affiliés, selon les zones, à Al-Qaïda ou au groupe Etat islamique, qui ont conservé un fort pouvoir de nuisance malgré l’élimination de nombreux chefs.

Alors que les violences se sont propagées au Burkina Faso et au Niger, ainsi que dans le nord de la Côte d’Ivoire, du Bénin et du Ghana, la France conserve en tout cas la ferme intention de maintenir sa présence dans la région en y renforçant ses activités de coopération, selon des sources concordantes.

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